Infrastructures une source de rendement alternatif ?

Infrastructures une source de rendement alternatif ?

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Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

Dans notre récent article «Le grand mythe de l’investissement», nous avons constaté qu’on ne trouve aucune preuve de l’existence d’une corrélation entre les dépenses publiques en infrastructures et la croissance moyenne du PIB réel. Si ce type d’investissement ne permet pas d’améliorer l’état de l’économie, qu’en est-il pour l’investisseur lambda?

Malgré une lente et attendue hausse des taux, les équipes d’investissement des institutions financières et des Family Offices doivent encore prendre en compte la faiblesse des rendements obligataires, ainsi que la volonté de contenir les risques au moment où les marchés boursiers atteignent des niveaux inégalés et où la volatilité est très forte. À ce titre, les investissements alternatifs (hedge funds, private equity, immobilier, matières premières, etc.) ont offert, ces dernières années, des rendements supérieurs aux obligations tout en garantissant une certaine décorrélation vis-à-vis des classes d’actifs traditionnels.

Parmi les investissements alternatifs, les actifs d’infrastructures présentent un potentiel très intéressant. Sous ce terme générique sont réunis des projets d’infrastructure pouvant aller de projets traditionnels destinés à faciliter les transports (routes, ponts, chemins de fer, ports et aéroports) à des projets dans les domaines de la santé et de l’éducation.

En tant qu’investissement, ces actifs partagent tous les caractéristiques suivantes : un service fondamental à la communauté, une position de quasi-monopole naturel, une demande peu dépendante de la conjoncture, des actifs de longue durée ainsi que des coûts et des revenus futurs attendus prévisibles, car souvent réglementés par l’État.

Ces caractéristiques rendent les infrastructures très attrayantes pour les investisseurs, car elles offrent prévisibilité et stabilité des revenus. De plus, elles offrent souvent une protection contre l’inflation, car les contrats de service sont généralement liés à celle-ci.

Selon leur taille et leur tolérance au risque, les investisseurs peuvent en profiter de différentes façons : les investisseurs institutionnels et de grande taille peuvent opter pour une prise de participation dans des projets de financement d’infrastructures. Les fonds de pension canadiens, par exemple, sont parmi les plus avancés et les plus expérimentés dans ce domaine : ils détiennent des aéroports et d’autres installations de transport en Europe. Pour les autres, il existe des fonds d’infrastructure et autres véhicules spéciaux d’investissement en infrastructure.

Cette tendance n’est vraisemblablement ni temporaire ni de courte durée. Mais celle-ci ne gagnera en attrait que dans la situation de faiblesse actuelle de l’économie mondiale et à mesure que les responsables politiques et les dirigeants des banques centrales chercheront de nouvelles méthodes pour stimuler leurs économies et que les investisseurs privés seront en quête d’actifs remédiant à la problématique du rendement.

L’intérêt des gestionnaires d’actifs et des institutionnels pour l’investissement en infrastructures est tel que cette classe d’actifs commence à afficher des valorisations élevées. Les fonds de dette, en particulier, se multiplient. Le problème est qu’à force d’attirer des capitaux la classe d’actifs est de plus en plus chère. Autrement dit, l’infrastructure est victime de son succès.

Les investisseurs devraient cibler des secteurs et des entreprises qui profiteront d’une augmentation des dépenses dans trois types d’infrastructures : transport, gestion de l’eau et de l’énergie et logements abordables

Infrastructures de transport

La plupart des programmes de développement d’infrastructures donnent la priorité aux transports. Si les pays industrialisés se concentrent sur la réparation des routes, les économies émergentes, quant à elles, étendent leurs infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et aéroportuaires. Ces programmes exigent d’importantes quantités d’acier, de ciment, de métaux industriels et de construction, ainsi que des services d’ingénierie, de planification et des équipements industriels pour la réalisation des travaux. Les fournisseurs et producteurs de matériaux pour les infrastructures de transport et les projets de construction seront donc très probablement les premiers bénéficiaires.

Infrastructures de gestion de l’eau et de l’énergie

Le secteur de l’énergie a subi une profonde transformation ces dernières années en raison de nouvelles réglementations, notamment celles concernant les normes environnementales, lesquelles mettent davantage l’accent sur les énergies propres. Ces dernières devraient stimuler les investissements visant à améliorer les réseaux électriques et leurs interconnexions, ainsi qu’à augmenter les capacités de stockage des batteries. L’eau est un autre élément déterminant dans le domaine des infrastructures. Les sociétés de services publics et les organisations gouvernementales seront ainsi de plus en plus amenées à construire des infrastructures durables de gestion de l’eau. En Amérique du Nord, la rénovation des canalisations vieillissantes ou présentant des fuites et la satisfaction de la demande de systèmes d’approvisionnement en eau potable exigeront des investissements d’au moins 1000 milliards de dollars sur les vingt-cinq prochaines années.

Logements abordables

Un autre domaine qui présente des besoins de développement, mais n’a guère retenu l’attention des investisseurs jusqu’ici, est le secteur des logements sociaux, lesquels s’adressent aux catégories de revenus modestes à moyens. L’implantation de villes satellites à la périphérie des grands centres, mais bien raccordées aux réseaux de transport public, permet d’exploiter des terrains dont le prix est inférieur. Les promoteurs privés s’occupant de l’aménagement du territoire en partenariat avec des entités gouvernementales, ainsi que les fabricants de systèmes de transport ferroviaire local devraient en profiter.

 

Alliant rendements attractifs, décorrélation et protection contre l’inflation, les infrastructures se présentent donc comme une alternative intéressante aux revenus obligataires.