Est-ce que la fiscalité doit influencer le choix de vos placements ?

Placements et fiscalité - élargir sa vision

Est-ce que la fiscalité doit influencer le choix de vos placements ?

Alain Roch

Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

Est-ce que votre gestionnaire de patrimoine doit évaluer un placement en tenant compte de sa fiscalité ou est-ce que les facteurs macro-économiques doivent l’emporter ?

Chez Blue Bridge, la réponse est en faveur de l’analyse objective d’un rendement espéré avant impôts. Avant de penser au traitement fiscal d’un placement, il faut être convaincu de sa capacité à générer un rendement. Par exemple, on peut lire trop souvent dans la littérature spécialisée qu’il faut mettre les placements à revenus fixes (ex. les obligations) dans des véhicules permettant le report de l’impôt. C’est bien en théorie, mais est-ce que les obligations vont générer des revenus intéressants les prochaines années dans une conjoncture de hausse de taux par exemple ? Selon nous, cette pratique revient à mettre la charrue avant les bœufs.

Politique de placement…

Avant tout, il est essentiel d’élaborer une politique de placement répondant à vos objectifs de rendement, à votre tolérance au risque et à vos contraintes (besoins en liquidité, horizon de temps, etc.). L’énoncé d’une telle politique de placement peut être considéré comme la feuille de route de tout investisseur, individuel ou institutionnel. Si pratiquement aucun investisseur institutionnel ne déroge à la responsabilité de l’établissement de sa politique de placement, plusieurs investisseurs individuels oublient ou négligent cette étape, qui est le fondement de toute gestion de portefeuille. Cette politique de placement permet aux investisseurs institutionnels de sélectionner les gestionnaires de portefeuille dont le style et les habiletés de gestion permettront d’atteindre les objectifs. Dans le cas des investisseurs individuels, cela leur permettra de ne pas céder à la panique et d’éviter des excès de confiance qui conduisent généralement à des révisions aléatoires, souvent coûteuses, de leur portefeuille.

Analyse macro-économique…

Deuxièmement, il faut tenir compte d’une analyse macro-économique globale et se demander par exemple comment investir en 2019. (https://www.ledevoir.com/economie/544871/investissement-reduire-sa-vulnerabilite-au-marche-sera-la-cle-en-2019) : Allons-nous vers une expansion basée sur la vigueur de la croissance dans le monde entier ou vers une récession propulsée par le retrait de milliards de liquidités par les banques centrales mois après mois ? Faut-il privilégier le marché américain au détriment de la vieille Europe ? Où sera la valeur du marché obligataire ? Dans la dette souveraine américaine ?

Quoi qu’il en soit, les perspectives de rendement à long terme d’un portefeuille équilibré semblent limitées par un certain nombre de facteurs d’ordre cyclique, des valorisations élevées et des taux d’intérêt sous pression, le tout dans une économie en fin de cycle. Une chose est certaine, pour les investisseurs, il faudra prendre plus de risques.

Les stratégies alternatives offrent une source intéressante de diversification. Les marchés privés, certes moins liquides, ont surperformé les actifs cotés sur les dix dernières années. Et pour ceux qui le peuvent, s’exposer aux actifs réels permet de dégager des rendements positifs tout en se protégeant de l’inflation.

Dans un environnement difficile, il faut que votre gestionnaire de fortune ou votre Family Office soit plus actif !

Selon une étude du CFA Institute, le nombre d’entreprises cotées sur les marchés publics est en déclin de 50 % en vingt ans aux États-Unis, tandis qu’il stagne dans la zone euro et au Royaume-Uni. Les entreprises préfèrent de plus en plus les avantages des marchés privés à ceux des marchés publics. Cette mutation risque de pénaliser l’épargnant moyen, qui investit actuellement plutôt sur les marchés cotés traditionnels, par exemple sous la forme de fonds de placement. Il en souffrira parce que les marchés cotés (et les indices) sont de plus en plus concentrés sur les industries anciennes et de moins en moins sur les actions de croissance.

La part d’investissement dans les actifs réels augmente de plus en plus dans le portefeuille des clients gérés par des Family Offices. Si l’achat d’œuvres d’art, de voitures de collection ou de vins rares est en nette progression, c’est surtout l’immobilier, les terres agricoles, la forêt et les infrastructures qui vont en bénéficier dans les prochaines années.

Processus d’investissement…

Troisièmement, le processus d’investissement débute par l’élaboration d’une allocation d’actifs qui représente la stratégie de répartition des actifs financiers au sein d’un portefeuille. Le montant des fonds à investir est divisé entre les catégories d’actifs différentes, comme les actions, obligations, liquidités, immobilier, private equity et autres. Le processus de détermination qui quantifie le pourcentage de chaque actif à détenir dans votre portefeuille varie donc en fonction de l’analyse macro-économique et la politique d’investissement.

Le rôle du gestionnaire ou du Family Office consistera non seulement à concevoir l’allocation d’actifs optimale, mais surtout à sélectionner les gestionnaires de patrimoine les plus efficients et les plus adaptés à la situation personnelle des investisseurs. Afin d’éviter tout conflit d’intérêts, nous croyons chez Blue Bridge que cette activité doit s’exercer sous le principe de l’architecture ouverte, de manière totalement indépendante. Outre un accès à un univers de produits très large, l’investisseur bénéficie d’un suivi et d’un contrôle constants de ses placements par une remise en question régulière du choix des gestionnaires en fonction de leurs performances.

En conclusion…

Le choix d’un placement doit essentiellement dépendre de sa capacité à générer un rendement, de la politique de placement, de l’analyse macro-économique et des frais. Cela étant fait, l’optimisation fiscale des différents véhicules de placement peut alors être prise en compte. Trop souvent, n’importe quel titre est investi dans n’importe quel plan sans réflexion préalable. Il faut savoir notamment qu’il vaut mieux consacrer aux régimes d’épargne-retraite la portion plus conservatrice et la plus imposée du portefeuille, tandis que la portion plus audacieuse convient mieux aux comptes taxables. À titre d’exemple, pour un investisseur dont le profil est 50-50, il n’est pas rare de voir ce profil attribué indistinctement à tous les plans, sans vue d’ensemble et sans chercher à en optimiser l’efficience.