Comment investir en 2019 ? Une saisissante métamorphose s’opère…

Comment investir en 2019 ? Une saisissante métamorphose s’opère…

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Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

À quelques jours des fêtes de fin d’année, les prévisions sur l’évolution des marchés financiers en 2019 vont bon train. Allons-nous vers une expansion basée sur la vigueur de la croissance dans le monde entier ou vers une récession propulsée par le retrait de milliards de liquidités par les banques centrales mois après mois ? Faut-il privilégier le marché américain au détriment de la vieille Europe ? Où sera la valeur du marché obligataire ? Dans la dette souveraine américaine ?

Quoi qu’il en soit, les perspectives de rendement à long terme d’un portefeuille équilibré semblent limitées par un certain nombre de facteurs d’ordre cyclique, des valorisations élevées et des taux d’intérêt sous pression, le tout dans une économie en fin de cycle. Une chose est certaine, pour les investisseurs, il faudra prendre plus de risques.

Les stratégies alternatives offrent une source intéressante de diversification. Les marchés privés, certes moins liquides, ont surperformé les actifs cotés sur les dix dernières années. Et pour ceux qui le peuvent, s’exposer aux actifs réels permet de dégager des rendements positifs tout en se protégeant de l’inflation.

Dans un environnement difficile, il faut que votre gestionnaire de fortune ou votre Family Office soit plus actif !

Les marchés privés (private equity)

Selon une étude du CFA Institute, le nombre d’entreprises cotées sur les marchés publics est en déclin de 50 % en vingt ans aux États-Unis, tandis qu’il stagne dans la zone euro et au Royaume-Uni. Les entreprises préfèrent de plus en plus les avantages des marchés privés à ceux des marchés publics. Cette mutation risque de pénaliser l’épargnant moyen, qui investit actuellement plutôt sur les marchés cotés traditionnels, par exemple sous la forme de fonds de placement. Il en souffrira parce que les marchés cotés (et les indices) sont de plus en plus concentrés sur les industries anciennes et de moins en moins sur les actions de croissance.

 Actifs réels (real asset)

La part d’investissement tangible augmente de plus en plus dans le portefeuille des clients gérés par des Family Offices. Si l’achat d’œuvres d’art, de voitures de collection ou de vins rares est en nette progression, c’est surtout l’immobilier, les terres agricoles, la forêt et les infrastructures qui vont en bénéficier dans les prochaines années.

Depuis 10 ans, le meilleur placement réel possible a été l’automobile de collection, et de loin. Car la voiture de collection, surtout si elle est rare, de marque, en parfait état et avec, si possible, un « pedigree » (un palmarès et/ou un pilote ou propriétaire connu) est objet de spéculation : entre 2002 et 2014, les prix ont flambé de 396 %, quand l’art progressait de 195 %, les vins de 166 % et les montres de 76 %…

Quant au nectar des Dieux, selon The Wealth Report 2017, les investissements dans les bouteilles de vin ont dépassé ceux réalisés dans les voitures classiques. Cet actif liquide est de plus en plus souvent considéré, aux côtés des œuvres d’art et des voitures, dans le portefeuille d’investissement des familles fortunées. Cela dit, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un placement risqué, ironiquement peu liquide et avec un horizon à long terme. Le vin est un actif dont la rareté est créée par le passage du temps et cela a une incidence sur sa valeur.

L’investissement en agriculture est un concept large qui regroupe les différentes cultures (ex. céréales, légumes, fruits, fibres végétales, etc.), mais qui s’étend également à l’élevage animal (bovin, mouton, porc, etc.) et à l’exploitation de terre à bois. L’agriculture n’est certes pas un concept nouveau, mais l’engouement récent des clients aisés émerge d’un contexte économique et de tendances démographiques favorables. L’investissement en agriculture procure des avantages certains dans la gestion d’un patrimoine. Par exemple, la corrélation entre l’agriculture et les marchés traditionnels est faible (< 0,30), ce qui signifie qu’une correction des marchés n’aurait qu’un impact limité sur le rendement d’un portefeuille agricole. L’agriculture a également historiquement constitué une excellente protection contre l’inflation.

Parmi les investissements alternatifs tangibles qui apparaissent dorénavant dans le portefeuille proposé par les Family Offices, les actifs d’infrastructures présentent un potentiel très intéressant. Sous ce terme générique sont réunis des projets d’infrastructure pouvant aller de projets traditionnels destinés à faciliter les transports (routes, ponts, chemins de fer, ports et aéroports) à des projets dans les domaines de la santé et de l’éducation. En tant qu’investissement, ces actifs partagent tous les caractéristiques suivantes : un service fondamental à la communauté, une position de quasi-monopole naturel, une demande peu dépendante de la conjoncture, des actifs de longue durée ainsi que des coûts et des revenus futurs attendus prévisibles, car souvent réglementés par l’État. Ces caractéristiques rendent les infrastructures très attrayantes pour les investisseurs, car elles offrent prévisibilité et stabilité des revenus. De plus, elles procurent souvent une protection contre l’inflation, car les contrats de service sont généralement liés à celle-ci. Alliant rendements attractifs, décorrélation et protection contre l’inflation, les infrastructures se présentent donc comme une alternative intéressante aux revenus obligataires.

 

Bibliographie : 

  • « Faut-il rester fidèle à la bourse ? », Emmanuel Garessus, Le Temps, 3 décembre 2018
  • « Le Private Equity croule sous les milliards », Sébastien Ruche, Le Temps, 19 août 2018