Le grand mythe de l’investissement public

Le grand mythe de l’investissement public

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Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

En Février 2009, pour répondre à la crise financière, le Congrès américain a adopté l’American Recovery and Reinvestment Act (ARRA) représentant en tout 789 milliards de dollars de dépenses publiques. Comme le rappelle Véronique de Rugy dans son article « Les dépenses étatiques stimulent-elles l’économie ? » (1), Obama a voulu rassurer les Américains inquiets en affirmant que ces dépenses allaient « relancer » l’économie et y « créer 3,5 millions d’emplois » au cours des deux années qui suivraient.

Or, au-delà des apparences, l’étude publiée en 2010 par Robert Barro, professeur à Harvard, et Charles Redlick a montré que l’accroissement des dépenses publiques n’a pas amélioré l’état de l’économie et qu’en fait, il a engendré une diminution de la consommation et de l’investissement (2).

Les données de Barro et Redlick montrent en fait que les hommes politiques surestiment l’effet stimulateur des dépenses publiques et suggèrent qu’il n’existe en réalité aucune corrélation positive entre croissance économique et dépenses d’investissement public, quelle que soit leur nature.

Ce que cela veut dire, c’est qu’un accroissement des dépenses publiques se fait aux dépens des autres composantes du PIB, en particulier de l’investissement. De plus, Barro et Redlick ont calculé l’impact sur l’économie si c’est avec des impôts que les hommes d’état paient les dépenses en question. Ils constatent que le multiplicateur fiscal, c’est-à-dire l’effet sur le PIB d’un accroissement des impôts, est de -1,1. Ce qui veut dire que si les hommes d’état accroissent les impôts de 1 $, l’économie se contractera de 1,1 $…

Malgré ces constatations, le gouvernement canadien a annoncé dans son Budget 2016 des sommes de 120 milliards de dollars consacrées aux infrastructures au cours des 10 prochaines années, soit 60 milliards de dollars de plus que prévu par le précédent gouvernement… Le gouvernement Trudeau estime peut-être qu’il existe de « bonnes » et de «mauvaises » dépenses pour stimuler l’économie et qu’il saura choisir les bonnes?

Malheureusement, une étude publiée en mars 2014 par le Centre for Policy Studies (3), suggère que cette hypothèse est infondée et qu’il n’existe en réalité aucune corrélation positive entre croissance économique et dépenses d’investissement public, quelle que soit leur nature.

Difficile en effet de distinguer entre « bonnes » et « mauvaises » dépenses de l’État. En dehors des dépenses publiques liées aux pouvoirs régaliens (justice, défense, ordre public), à peu près toutes les dépenses de l’État ont un impact neutre ou négatif sur la croissance.

Quid des dépenses publiques en infrastructures ? L’étude souligne qu’«on ne trouve aucune preuve de l’existence d’une corrélation avec la croissance moyenne du PIB réel ». La politique des grands travaux  n’est donc pas le remède miracle que des dynasties de politiciens nous vendent.

Si l’argent dépensé pour de la relance est un mauvais investissement, n’y a-t-il rien que les gouvernements puissent faire pour aider l’économie ?

Peut-être bien! Dans leurs études, Christina et David Romer (4) examinent l’impact des réductions d’impôts sur l’économie et en concluent que le multiplicateur budgétaire y est proche de 3 : 1 $ de baisses d’impôts accroît le PIB d’environ 3 $…

Cette constatation donne à penser que l’économie pourrait bien plus profiter de réductions d’impôt que de hausses des dépenses! À bon entendeur…

Bibliographie :

(1) Véronique de Rugy, « Les dépenses étatiques stimulent-elles l’économie ? », Blog Institut Turgot, 21 juillet 2010

(2) Robert Barro & Charles Redlick, « Macroeconomic Effects from Government Purchases & Taxes » (document de travail, Mercatus Center à George Mason University, Arlington, VA, July 2010)

(3) Brian Sturgess, « Not paved with gold. Government investment does not equal growth », Centre for Policy Studies, March 2014

(4) Christina D. Romer & David H. Romer, « The Macroeconomic Effects of Tax Changes: Estimates Based on a New Measure of Fiscal Shocks » (document de travail, University of California-Berkeley, mars 2007)