Alors docteur, j’achète une Porsche ou de l’or?

Alors docteur, j’achète une Porsche ou de l’or?

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Alain E. Roch, MBA

Président et chef de la direction

Alain.Roch@bluebridge.ca

La question peut sembler étrange, mais elle est légitime. En effet, depuis 10 ans, le meilleur placement possible a été l’automobile de collection et de loin. Car la voiture de collection, surtout si elle est rare, de marque, en parfait état avec si possible un « pedigree » (un palmarès et/ou un pilote ou propriétaire connu) est objet de spéculation: entre 2002 et 2014, les prix ont flambé de 396%, quand l’art a progressé de 195%, les vins de 166% et les montres de 76%… et ne cessent de grimper.

Les prix sont stimulés par les nouveaux riches des pays émergents comme la Chine et la Russie qui paient des prix records pour les voitures rares, en attendant de voir ce que les marchés boursiers vont faire. Mais la voiture de collection n’est pas qu’une question de gros sous. C’est avant tout de la passion et la volonté d’investir dans des actifs « réels », que l’on peut voir, toucher et…piloter.

Évalué à plus de 55 milliards de dollars, ce marché est mondialisé: né aux États-Unis, en Grande Bretagne puis en France et en Allemagne, il touche aujourd’hui le Proche-Orient et surtout l’Asie: le sultan de Bruneï a plus de 1.200 voitures dans son garage et les multimillionnaires Chinois n’hésitent pas à parader dans une Maserati ancienne mais rutilante !

Comme pour l’art et les grands vins, la spéculation atteint des niveaux tels qu’il devient de plus en plus difficile de trouver de petites pépites à fort potentiel. Certaines marques comme Ferrari sont désormais intouchables. En adjugeant 36 millions d’euros à Paris une Ferrari 335S de 1957 l’an passé, la société Artcurial (groupe Dassault) a pulvérisé tous les records en la matière. Records qui ne cessent de tomber: outre cette rare Ferrari, le top 5 des plus fortes ventes aux enchères de 2016 concernent une Jaguar D de 1955 achetée 21.7 millions de dollars, une Alfa Romeo 8C de 1939 acquise 19.8 millions de dollars, une autre Ferrari, 250 GT de 1959 adjugée 18.15 millions de dollars et une Cobra Shelby de 1962 achetée 15,6 millions de dollars (ces dernières vendues par Sotheby’s à Monterey en Californie).

Mais attention: ces prix, élevés, très élevés, peut-être trop élevés, ne concernent qu’une partie d’un marché qui se décline en plusieurs secteurs : les « ancêtres », les véhicules d’avant la Première Guerre mondiale: ici les prix sont en chute libre. Il y a ensuite les véhicules d’entre les deux guerres, qui peuvent être des voitures banales, originales, de prestige ou de compétition. Ce sont surtout ces dernières qui sont les plus recherchées : quand une Citroën 5HP C3 de 1924 en très bon état coûte un peu moins de 10.000 euros, une Bugatti type 27 de 1923 s’affiche aisément autour de 500.000 euros. Suivent les véhicules populaires des années 1960-90 (que les spécialistes appellent « les young timers ») dont la cote ne cesse de grimper. Il y a enfin les véhicules de compétition. Mention spéciale pour certaines marques, (Bugatti, Delahaye, Talbot pour les anciennes), Aston Martin, Bentley, Mercedes, Corvette, Jaguar, Porsche, Maserati, Lamborghini et surtout Ferrari dont les cotes dépassant le demi-million ne sont plus exceptionnelles. Les modèles des années 1970 et 1980 sont parmi les plus recherchés. Des Porsche par exemple, dont les prix ont quadruplé. Ce sont des décennies qui parlent aux acheteurs de 50 à 60 ans, qui ont aujourd’hui le plus d’argent.

La tendance est tellement forte aujourd’hui que toute une filière économique s’est constituée autour de l’achat, de la restauration ou de l’entretien de ces voitures de collection. En tant que multi-family office international, nous constatons que nos clients sont de plus en plus attirés par les investissements « réels », entre autres dans les domaines de l’art et de la voiture de collection. Pour les aider, nous avons développé un réseau international d’experts indépendants, de maisons de vente aux enchères, d’assureurs et…de mécaniciens.