Les actifs réels, pour qui ? Pour quoi ? Entrevue de Jonathan Monat

Les actifs réels, pour qui ? Pour quoi ? Entrevue de Jonathan Monat

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Jonathan Monat, M.Sc, CAIA, CFA, Analyste, Investissements

jonathan.monat@bluebridge.ca

À l’instar du milieu institutionnel, et en particulier les caisses de retraite, les particuliers se tournent de plus en plus vers les actifs réels comme sujet d’investissement. Pourquoi un tel intérêt ?

Quel type d’investisseur cela intéresse ? Quels sont les risques associés ? Comment évaluer les opportunités ?

Voici les questions posées, en rafale à Jonathan Monat, M.Sc, CAIA, CFA, Analyste quantitative au sein de l’équipe d’investissements de Blue Bridge.

Dans un premier temps, convenons d’une définition, car les interprétations sont légion et varient grandement d’un fond à l’autre. Pour simplifier, allons-y avec : les actifs réels sont des investissements dans des actifs physiques et souvent matériels.

Créé en 2015, le S&P Dow Jones propose un indice de référence dans le secteur. « Nous avons fait des recherches pour déterminer ce qui devrait être inclus dans un indice d’actifs réels. Ce que les gestionnaires considèrent comme faisait partie de cette catégorie n’est pas toujours cohérent », explique Jodie Gunzberg, directrice générale, gestion des produits chez S&P Dow Jones Indices. Par exemple, BlackRock inclut les biens immobiliers, les infrastructures et les produits de base dans la catégorie des actifs réels. The Bank of New York Mellon, de son côté, ajoute à la catégorie les fiducies d’investissement immobilier et les actions de ressources naturelles. D’un gestionnaire à l’autre, la notion d’actif réel peut donc varier de façon importante.

FD : Pourquoi ce regain d’intérêt pour les actifs réels parmi les investisseurs actuellement ?

JM : Premièrement, il ne faut pas oublier que les investisseurs institutionnels augmentent les proportions de ce type d’investissements dans leurs portefeuilles depuis de nombreuses années. Toutefois, il est aussi vrai que nous observons une plus forte augmentation vers ce genre de produits ces dernières années.

Alors que les marchés boursiers fluctuent rapidement, les investisseurs cherchent la stabilité, le rendement et redoublent de prudence.  Le marché boursier augmente depuis maintenant presque dix ans, et les investisseurs ont de moins en moins de confiance, surtout avec les événements géopolitiques en cours.

FD : À qui cela s’adresse ce type d’investissement ?

JM : Tout type d’investisseur peut être intéressé par ce type d’actifs. Toutefois, les montants demandés sont souvent élevés et le besoin de connaissances spécifiques peut être un frein à l’investissement.

FD : Comment investir ?

JM : Selon deux modalités, en direct ou indirectement, je m’explique :

En direct : L’investissement est possible, mais demande non seulement des montants élevés disponibles et mobilisés sur une longue durée, mais aussi souvent des compétences administratives et opérationnelles. Un investissement direct est plus couteux, étant souvent seul, ce qui rend la diversification plus difficile. De plus, entretenir l’investissement et la revente peut engendrer des coûts supplémentaires et plus de temps à trouver les moyens les plus rentables et les plus efficaces.

Indirectement : L’investisseur peut investir via des fonds privés ou des fonds négociés en bourse pour profiter de la progression des actifs. Ces fonds diffèrent par produit et par leur méthodologie. Il existe des fonds spécialisés en terres agricoles, des fonds immobiliers, en matières premières, etc., et les tickets d’entrée sont souvent élevés, mais il peut aussi exister des classes à plus faible montant minimum. La majorité de ces fonds achètent les biens réels directement, et avec plus d’argent ils peuvent diversifier le portefeuille plus facilement. De plus, ils ont souvent des contacts qui peuvent faciliter les opérations. Par contre, il faut aussi ajouter certaines charges comme des frais de gestion et d’enregistrement. Ce type de produit a habituellement une liquidité plus élevée, mais parfois trompeuse. Gardons à l’esprit également que parfois des fonds créent un indice qui ne s’appuie pas sur l’achat d’actif physique. L’exemple le plus simple pour illustrer ce point est un ETF (Exchange traded funds) de l’or, qui n’est pas adossé à 100% à l’or.

Dans tous les cas, les investissements nécessitent un certain niveau de connaissances, et c’est d’autant important lors des investissements en direct et indirectement.

FD : Et si on creuse un peu, quels avantages présentent-ils ?

JM : On trouve dans chaque classe d’actifs des stratégies répondant à différents besoins. Cependant, les actifs réels offrent plusieurs avantages en complémentarité des investissements traditionnels (actions et obligations négociées en bourse).

Sachant que la notion d’actifs réels est une appellation assez vaste, les produits ne réagissent pas tous de la même manière. Toutefois, historiquement, de nombreux actifs réels sont moins corrélés ou même décorrélés avec les marchés traditionnels. Ceci permet entre autres à une meilleure diversification d’un portefeuille traditionnel composé uniquement d’actions et d’obligations. Aussi, certains produits sont plutôt corrélés avec l’inflation, ce qui est favorable dans un environnement inflationniste. De plus, certains investissements génèrent un revenu prévisible et stable dans le temps. Et encore, de nombreux produits peuvent tirer une prime d’illiquidité, qui est nécessaire afin de devoir s’engager à de longs horizons de temps. Enfin, grâce à leurs différentes propriétés, les actifs réels aident à pouvoir améliorer le ratio de rendement-risque des portefeuilles traditionnels.

FD : Quels sont les risques associés ?

JM : Les investissements en actifs réels représentent de bonnes occasions d’investissements, toutefois ces derniers ne sont pas sans risques.

Chaque classe d’actif réel présente ses propres risques, qu’on investit en direct ou indirectement. Nous pouvons nommer quelques exemples pour différentes classes. Un risque provient même des avantages, on parlait du manque de liquidité possible. Citons comme exemple, la dernière crise aux États-Unis en a été une pour l’immobilier résidentiel. Les maisons ont perdu leur valeur et ne se vendaient pas. Les risques et coûts opérationnels sont aussi très présents en actifs réels, notamment en immobilier, en infrastructure, en agriculture et en foresterie. Un autre risque présent est simplement la valeur marchande qui peut être assez volatile, même si celle-ci est moins corrélée aux marchés boursiers, surtout pour des métaux, dont l’or.

Alors que les fonds offrent une simple et bonne diversification, les fonds proposent d’autres risques.  Il est important de faire un bon suivi des opérations des fonds et de sa gestion de leurs investissements. Les gestionnaires et le fonds doivent être vérifiés et suivis de près, avant et durant les investissements.

Pour conclure  :

Très populaire chez les investisseurs institutionnels, ce type d’investissement se démocratise. S’y intéresser est bien, la sagesse est toutefois de se faire conseiller.